15/03/2012
Savez-vous planter une itération ?

/ut7 est officiellement en cessation de paiement. Nous déposons le bilan, nous je jetons pas l’éponge. On a planté l’itération, /ut7 est toujours là. Le 29 février dernier, le tribunal de commerce de Paris a validé notre demande de redressement judiciaire.

Jour après jour, depuis plusieurs années, nous inventons chez /ut7 de nouvelles manières d’aborder la question du développement logiciel, des équipes, de l’entreprise même, enfin. Nous parcourons un territoire non cartographié, loin des sentiers battus. Nous découvrons des mondes incroyables, des personnes fascinantes, des cultures et des langages renversants. Des enfants qui codent, puis qui dessinent sur les flipcharts quand ils en ont marre. Une formation Clojure montée en trois coups de cuiller à pot, juste pour voir si c’était possible. Un Kanban chez un client qui commence par “Tout Doux”. Des réunions sans table et sans chaussure. Des prises de décision par consensus, à l’unanimité. Des codeurs qui pleurent de joie. Le plaisir de la transgression à coder avec les pieds, les coudes, le nez. L’autre plaisir, tout aussi iconoclaste, de savoir combien nos clients gagnent avec les logiciels que nous livrons - et de préférer néanmoins retourner à l’atelier, tel le peintre misanthrope, pour encore pousser plus loin les frontières de ce qui est possible, plutôt que de chercher à répliquer les succès dont nous sommes témoins.

Par moments, nous avons peur que notre exploration s’arrête, qu’il nous faille rentrer dans le droit chemin. Que cette belle idée d’une gestion alternative et collégiale ne soit, justement, qu’une belle idée, vaine, inaccessible. Que nous n’arrivions pas à toucher ceux qui n’ont pas eu le courage ou l’envie de nous suivre. Que ceux qui nous aiment perdent espoir et intérêt.

Et le reste du temps – ah, le reste du temps… Nous revoyons les étincelles briller dans nos yeux, celles en miroir qui brillent dans les yeux des autres. Les montages audacieux, rendus possibles par notre liberté d’agir. Les expériences menées bille en tête, le doute tapi dans l’ombre, mais le droit de se tromper fermement brandi. La certitude d’avoir fait et de continuer à faire de notre mieux. Avec rage et honnêteté, courage, curiosité. L’impression d’avoir recouvré des yeux d’enfants, à nous émerveiller de chaque jour qui passe, du chemin parcouru, des frustrations dépassées, de l’aventure qui déroule son tapis à chaque pas que l’on fait. Le sentiment d’être vivants, tellement vivants, dans un monde abrutissant et vide de sens. D’écrire une histoire qui importe.

Et nous voilà, au plein milieu de la nuit, à cette heure que les amateurs de nuits blanches connaissent - cette heure où il fait subitement froid, où le doute se fait plus présent, où l’inconnu se fait évidence. Et de là renaît l’espoir : si le futur est incertain, c’est que tout reste possible. Le présent, quant à lui, nous appartient déjà.

Nous choisissons avec /ut7 de poursuivre l’aventure.

Compagnons de fortune, fans d’un soir, amis de longues dates, partenaires de toujours, spectateurs curieux : si comme nous vous souhaitez voir ce qui peut encore se passer, envoyez-nous vos bonnes ondes - en secret ou avec fracas, en monnaie sonnante ou en alexandrins, en diagrammes UML ou en stacks Maven, mille mots valant bien un bon dessin. Parce que le désastre n’est pas dans les symptômes d’un échec retentissant, mais dans l’inaction qui nous retient de vivre nos rêves.

Emmanuel Gaillot