30/05/2019
Petit guide d'auto aïkido mental à l'usage de ceux qui veulent écouter les femmes quand elles parlent de sexisme - partie 2

Ceci est la deuxième partie du guide d’auto aïkido entamé la semaine dernière sur ce blog. Dans l’article précédent, j’ai énoncé les règles à suivre pour se préparer, avant d’entrer en interaction. Cette fois-ci, il s’agit de recommandations à suivre pendant la rencontre.

Partie 2 : Ouvrir les écoutilles

Pendant la conversation, tu peux faire deux choses en même temps. Écouter. Et mettre en œuvre les recommandations suivantes.

Faire preuve de générosité herméneutique

Puisque la posture critique te vient trop tôt et t’empêche d’écouter, suspends ton jugement aussi longtemps que possible, le temps de la conversation.

Ton aptitude à mettre le doigt sur ce qui est inexact ou incohérent te joue probablement des tours, en détournant ton attention de ce que tu pourrais apprendre.

Si tu es tenté de faire valoir qu’un lien n’est pas logique, qu’une affirmation est imprécise, qu’un terme est utilisé de manière abusive, qu’une donnée est erronée, bref, si tu as envie de signaler une imperfection dans le discours de ton interlocutrice, c’est peut-être le signe que tu es en train de te laisser embarquer par ce mécanisme de défense qui consiste à se focaliser sur un point de détail pour ne pas à faire face à ce qui est important.

Mets donc cette capacité de côté un instant. Plutôt que de chercher ce qui est faux, cherche ce qui pourrait être vrai, et ce qui est nouveau pour toi. Et fais de ton mieux pour le comprendre.

Si tu ne comprends pas, fais l’hypothèse qu’il y a un sens, une cohérence, que tu n’as pas encore saisi. Accepte cet état de doute, et sois attentif.

Cherche les éléments de contexte qui te manquent pour établir la cohérence de ce que tu entends.

Essaye de comprendre ce qu’on veut te dire plutôt que de t’arrêter sur chacun des mots prononcés. Sois attentif à ce qui t’est dit, mais ne te contente pas des mots : prends conscience des attitudes, des expressions du visage, et du contexte de la conversation. Et efforce-toi de saisir dans son ensemble le cadre dans lequel les mots que tu entends prennent sens.

Réviser ses techniques d’écoute active

Tais-toi. Fais attention à ce qui t’es dit.

Profite de ta curiosité (lien vers première partie) pour poser des questions d’éclaircissement. C’est à dire des questions qui vont t’aider à obtenir plus d’informations.

Si tu as des objections, retiens-les. Plutôt que de les exposer, efforce-toi d’identifier tes propres présupposés, et cherche à comprendre en quoi les siens sont différents.

Tu sais que la reformulation est un geste très utile quand il s’agit d’écouter. Attention néanmoins aux reformulations, dans ce contexte précis : il y a vraiment moyen de se planter. Compte tenu de la nouveauté du terrain que tu explores, il est tout à fait probable que les mots que tu choisiras pour reformuler ce que tu as compris soient si éloignés des perceptions de ton interlocutrice qu’elle aura du mal à se reconnaître. Vous pourriez l’un et l’autre perdre beaucoup d’énergie à tenter en vain de vérifier que vous vous comprenez effectivement.

Si tu ne comprends pas, ou si tu es surpris, réjouis-toi. L’incompréhension n’est pas un échec, c’est le début d’un processus d’apprentissage. La surprise, c’est le signe que tu découvres quelque chose de nouveau. Si cette conversation ne t’éclaire pas aujourd’hui, peut-être contribuera-t-elle à une prise de conscience, plus tard ?

Si tu ne comprends pas, n’en rends pas ton interlocutrice responsable. Et quoi qu’il arrive, apprécie l’autre et toi-même pour le temps et l’attention qui te sont offerts.

Lâcher le volant

Même si tu as envie de fixer l’ordre du jour de la conversation, efforce-toi de laisser l’autre en choisir la direction. Et accueille ce qui vient comme le meilleur sujet possible, même si ce n’est pas ce que tu imaginais.

Si tu penses que l’autre est hors sujet, prends-toi à contre-pied, en faisant l’hypothèse du contraire : et si les mots que tu entends étaient en fait la réponse à la question que tu n’as pas su poser, qu’apprendrais-tu de tes propres attentes quant à cette conversation ?

Ce n’est pas fini

Voilà pour la partie deux de ce guide. Titre du chapitre suivant : « Être à l’écoute de soi ». Vos réactions, et en particulier vos retours d’expérience sont les bienvenus.

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Raphaël Pierquin